Mémène de Labruguière

La "parleuse d'écriture"

Germaine Gaty Farges-Scarella, dite Mémène, née en 1919  à Laroque d'Olmes (Ariège),
décédée à Revel (Tarn) en 2002, est une figure populaire de l'histoire de Labruguière.

Labruguière, la cité d'Arthur Batut, l'inventeur de la photographie aérienne par cerf volant (1888).


 
Labruguière photographiée par cerf-volant le 21/3/1896
photo courtoisement prétée par
L'Espace Photographique Arthur BATUT  - Labruguière, Tarn
( Pour en savoir plus sur Arthur Batut:
 www.espacebatut.fr )

Pendant vingt ans, Mémène tint la rubrique "Souvenirs, souvenirs" du journal local "Le Pylone".
Elle y relatait l'histoire des gens de Labruguière, de leur activité dans les bons et les mauvais jours.

Pour ceux qui se souviennent encore d'elle, et pour tous les autres curieux de la vie authentique d'autrefois, voici quelques uns de ses écrits:



LES FILLES DU BOULEVARD

On n'entend plus guère le repasseur de couteaux
Le réparateur de porcelaines, le rempailleur de chaises
On n'entend plus guère que les radios qui bafouillent
Des tourne-disques des transistors et des télés
Ou bien encore le faible aïe! aïe! ouïe! ouïe!
Que pousse un piéton écrasé.

Raymond Queneau (Cris de Paris)


La nouvelle élue m'accueillit fraîchement, sur la défensive.
- Pourquoi venez-vous me voir?
- Pour vous connaître en tant que responsable.
Elle était jeune, vulnérable. Ses mains me la livraient entièrement. Je la
plaignis de tant de naïveté maladroite. Je respirais profondément.
- Je suis née des couches populaires. Vous avez l'air d'une bourgeoise.
Un ange passa.
- Simplement, répondis-je, une Labruguièroise pur jus qui, même hors
du pays, a toujours voté "in" Labruguière. Bourgeoise? Que veut dire
ce mot? N'est-on pas toujours le bourgeois de quelqu'un? Oui, je suis
très fière d'être une enfant de ce boulevard, de cette rue qui, de 5h du
matin à 22h vivait intensément, joyeusement, en totale fraternité de cœur,
de disputes parfois, de découvertes toujours. De VIE, quoi!

Marie-Rose P.S., l'autre jour, au retour d'obsèques, m'appela:
"Dis Mémène, accroche-toi! Il n'en reste plus guère du quartier du boulevard.''
Un instant de cassure, de définitif, d'Eternité passa. C'est alors qu'a surgi
cette symphonie en majeur, éclatée en mezzo forte. Je ne suis pas un
écrivain, mais une conteuse. Je vous prie de me pardonner si parfois la
chronologie est bousculée pour moi, seulement compte l'Homme et l'héritage de tous.

Cette rue où nous avons vécu, si pleinement unité et différence, jeux permis... ou interdits.

Pour Marie-Rose P.S., Maria, Elise, Emmanuelle, Maria,
Scolastique, Suzanne V., Henriette A., Aline V., Jean P.,
Etienne S., Juliette B.V., Robert M., Pierrot V., Michel C.,
Louis C., Claudine, Alfrede V., Hélène F.B., Jean B., les vivants.

Jean Juillet, Paulette I., Cécile C., Blanchette A.C., Jean B.,
Henriette C., Elise C.. Paul G.

Tous et toutes nous virevoltions de l'un à l'autre dans cette communauté,
nous étions les petites gouttes d'eau qui allaient soulever la vague du devenir,
en écoutant les anciens, leurs contes; stupéfaits de l'habileté de leurs mains
travailleuses et précises.

Les horlogers Bolon et Maurel derrière les vitrines, attentifs, avec leur
monocle et leurs doigts habiles à faire ou défaire les mécanismes des montres;
le bourrelier Saint-cyr poissant le crin, Belaud à l'alène rapide et pointue
comme un dard mordant le cuir; Caraguel le Tabac, fumant devant sa porte
un gros cigare en lisant l'Humanité. Les cafés et le musc puissant sortant des salles enfumées,
celui d'Azéma le plus ancien, de la Pouillasse qui eut la première machine infernale
qui craquait et nous faisait peur (la TSF) aux multiples lampes allumées. Je tremblais
comme une feuille (c'étaient les "boches''! et le Tonnerre). Les hommes s'en revenaient
de guerre, et nous étions marqués! Même le singe de Monsieur Azéma s'aventurait
en ce lieu, apeuré mais curieux. Ce singe malicieux qui, un jour, épouvanta Elise Cardailhac
en sautant de balcons en balcons jusqu'à sa fenêtre ouverte.

Le Café Riche où Berthe, généreuse, officiait et nous offrait de l'orgeat;
les épiciers Sales; Madame Farié qui embaumait la rue avec son grilloir à café...
Ces épiceries où, tandis que les uns achetaient la réglisse, les autres, impatients,
mélangeaient les pois chiches, les haricots, les lentilles.
Ces épiceries d'odeurs emmêlées qui sentaient à la fois le pétrole, les harengs,
les sardines. la morue séchée, le souffre et la bouillie bordelaise.
Tu les a réveillés Marie-Rose... Mais il faut remonter à la surface.

A diou, pitchous! A l'aoutre Pylone si souÿ encaro aqui.

Mémène Farges Scarella - Le Pylone - mai 1981)




Souvenirs. . . Souvenirs. . .

Une Histoire de Concours du Télégramme (1)

UN CHEMIN D'AUBEPINE


Il est cinq heures du matin. Dans Escoussens endormi, la lumière du presbytère est déjà allumée.
Monsieur le Curé Barthe pousse doucement la porte (on ne la referme pas en ce temps-là).
Il se dirige lentement vers la petite remise où dorment la laie Roussette
et ses deux jolis marcassins Uysse et Pénélope, s'arrête un instant à les regarder,
prend son bâton, tâte sa musette où dorment pêle-mêle son bréviaire, un quignon de pain frais,
un morceau de Cantal "le Taple", une pomme, quatre morceaux de sucre et une grande enveloppe.
Il a un beau chapeau neuf offert par les paroissiens, une soutane luisante mais très propre,
des bottines bien cirées. Et en avant sur Labruguière.

La journée sera belle, l'aube arrive, timide, la hulotte chante encore
mais la fauvette commence son deuxième chant de printemps: " l'äs semenat... l'äs semenat... " (2)
Quelle merveille la campagne s'éveillant parmi les senteurs d'aubépine,
les pervenches et les violettes étirant leur cou pour se faire remarquer des coucous aux clochettes d'or.
Le talus embaume le printemps! Un, deux, un, deux... les talons ferrés de l'Abbé Barthe
sonnent sur les cailloux de la route! clin clin, pouic! fait le bâton... mais quel est ce petit bruit
qui pointe la mesure: clin! pouic! frr! frr!
Il se retourne brusquement et stupéfait voit Roussette et ses petits trottinant derrière lui.

"Oh! La vilaine! Oh! La togne! Qué fas aqui, as pas bergougno? ("tu n'as pas honte?").
Mais je vais à Toulouse, je vais prendre le train à Labruguière. St François! Que vais-je faire d'eux?
Allons, suivez-moi jusqu'à Ste Cécile! Je vous laisserai chez l'Abbé Chabbert,
et puis tu sais, Roussette, il y a les glands d'un grand chêne que tu préfères, des Bintje,
du maïs qui vient de Salettes! Allons, allons, en avant"

Cela fut fait ainsi. Après avoir dit la messe à Ste Cécile,
l'Abbé reprit sa route et arriva à midi à Toulouse.
Il faisait une journée magnifique, mais les bureaux du Télégramme ne s'ouvraient au public qu'à 13h30.
Il s'assit sur un banc le long de la Garonne et ouvrit sa musette.
Une péniche glissait: "Eouh! le ritou! tu veux un coup de pinard?"
Dans sa lente remontée vers l'écluse, le petit bateleur sauta d'un bond et apporta lui-même la cantino.
Des sourires de part et d'autre! "Dieu te bénisse", "Merci", "Adiou!".
Hop, il était déjà sur le pont. La musette était vide. Il lut quelques pages du bréviaire
et remonta la rue Bayard jusqu'à la rue de Metz, ensuite vers l'imprimerie du Télégramme.

"Monsieur le Curé nous sommes bien contents de vous remettre le premier prix du concours":
un magnifique fusil aux canons superposés". Un beau fusil en effet, aux ciselures brillantes.
Il contemplait ce fusil, le tournait, retournait, lorsqu'il vit le "2ème prix".
"Est-ce que je ne pourrais pas avoir le 2ème prix?"
"Mais, monsieur l'Abbé, il vaut le tiers de ce que vous avez gagné''.
Ces messieurs se consultèrent.
"Pour vous faire plaisir, monsieur le Curé, nous allons faire un effort:
allez au "Rêve des Mamans", 13 rue de Metz, chez Monsieur Bardou.
Bonhomme de souche Labruguièroise, il vous en choisira un plus beau".

Et voilà comment Monsieur le Curé d'Escoussens, poussant un magnifique landau,
traversa la rue de Metz, la rue Bayard, et arriva à la gare, heureux que le petit ou la petite
de sa nièce qui allait naître ait le plus joli véhicule d'Escoussens.

Germaine Farges Scarella  - Le Pylone

(1) Le Télégramme était un journal régional qui paraissait avant guerre.
(2) "l'as-tu semé". Dans son premier chant, elle dit: "semeno blat, semeno blat" (sème le blé, sème le blé)





11 NOVEMBRE - 8 MAI

"Etre vainqueur, c'est beau! Mais vivre a bien son prix: tout à recommencer! Toujours on recommence''
(EdmondRostand)

Que leur dirons-nous à ces mères qui pleurent?
Les 14-18 partirent la fleur au fusil,
gonflés de patriotisme par nos excellents instituteurs radicaux de 1900.

Les 39-40 étaient sûrs de la ligne Maginot… mais avec un crêpe à la grenade :
plus lucides et déjà réfractaires.

Ils rêvaient de Liberté, d'autres en face pensaient Territoires.
Ils rêvaient d'Egalité, la Force prime le Droit (Bismarck- Jules César)
Ils rêvaient de Fraternité, Homo homini lupus (l'homme est un loup pour l'homme).
Ces enfants pacifistes se sont enfuis dans les forêts, les garrigues,
inexpérimentés, pleins de foi en cette patrie que le danger leur avait révélée.

Ils étaient malgré eux devenus les Fils de France.
Ecoutons leur message en ce jour du 8 mai.


Germaine Farges Scarella  - Le Pylone



Les mains... et leurs secrets

Je me suis toujours passionnée pour l'étude des mains.
Révélatrices d'un individu, de sa personnalité plus que toute autre partie du corps
Si les psychiatres y ont pensé, les médecins peuvent y trouver, sur un plan physiologique
la découverte d'un symptôme, la signature d'une lésion.
Dès l'Antiquité, des corrélations étaient pressenties entre la physiologie d'un sujet,
son caractère, sa personnalité, sa morphologie.
Hypocrate lui-même dans son livre "sur l'eau, sur l'air, dans l'eau'', indique les rapports réels 
existants entre la main et les poumons.
Il ne faut pas que le lecteur fasse un amalgame entre la chiromancie (des diseuses de bonne aventure 
qui jouent avec la naïveté des gens) et la chirologie qui est une psychologie de la main
une vraie science et la révélation d'un individu (regardez à la télé, le jeu des mains y est très révélateur) 
comme le sont la morphopsychologie (visage et corps) et la graphologie (écriture) très contestée en ce moment 
mais pour moi révélatrice à 90% pour l'homme et à 10% pour les difficultés de l'enfance.
Voici un passage du scénario tiré d'un montage audiovisuel que je vous livre. . . avec mon cœur. . .


Germaine Farges Scarella

 

(Célébration du 11 novembre)
Plus jamais ça !
 
Au moment où nous allons évoquer ces drames de l'histoire,
nous pensions pouvoir oublier ce que sont ces déchirements
 

qui arrachent  à tous des sanglots.
Mais hélas, l'homme| est| un loup pour l'homme...
0h! Homme, que de crimes on commet en ton nom!
La guerre continue, hydre dévorant;
 

au nom de quelle idéologie, de quelle ambition sous-jacente,
avec quel sadisme, quelle démesure!
 

Les enfants ont faim, les enfants souffrent et meurent...
Nos vieux, nos  jeunes ont écrit en larmes de sang leur volonté d'en finir; 
le monstre dévorant triomphe, partout dans le monde.

Voici de Fenelon un extrait tiré d'un livre qu'écrivait mon père
dans la tranchée, pendant la terrible bataille de la Somme:
 
La guerre épuise un état et le met toujours en état de périr, lors
même qu il remporte les plus grandes victoires avec quelques avantages qu'on  la commence, 
on n'est jamais sûr de la finir sans être exposé aux  plus tragiques renversements de la "fortune'' .
Quand même on tiendrait dans son camp la VICTOIRE comme enchaînée, 
on se détruit soi-même en détruisant ses ennemis’’.

 

Germaine Farges Scarella




- Le nouveau: ''. ..des hommes immobiles, accroupis, buste nu, visage émacié,
envahi d'une barbe qui accentue leur expression de détresse, font face aux grilles''

(Image Kempetaï - campagne d'lndochine, Saïgon, collection Georqes Scarella)


HYMNE A NOS MORTS

Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie
ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie.
Entre les plus beaux noms, leur nom est le plus beau.
Toute gloire auprès d'eux, pousse et tombe éphémère,
et comme le ferait une mère, la voix d'un peuple entier,
les berce en leur tombeau.
C'est pour ces morts, dont l'ombre est ici bienvenue,

que le haut Panthéon élève dans les nues,
au-dessus de Paris la ville aux mille tours,
la reine de nos Tyr et de nos Babylone,
cette couronne de colonnes
que le soleil levant redore tous les jours
.

Gloire à notre France éternelle!
Gloire à ceux qui sont morts pour elle!
Aux martyrs, aux vaillants, aux forts,
A ceux qu'enflamme leur exemple,
qui veulent place dans le temple,

et qui mourront comme ils sont morts.

Victor Hugo

Cueillir le Millepertuis

 

 

Le millepertuis, à toute exposition, pousse sa petite corolle jaune d'or, jusqu'aux premières gelées.
Il est très abondant. Ses feuilles, regardées par transparence, font apparaître mille trous, d'où son nom.

Vous le verrez partout, le malicieux!
Les bosses et les creux de nos gamins n'ont plus le loisir de les faire souffrir!
Si vous n'avez ni contrecoup arnica ni Synthol sous la main, préparez-vous le ''doux '' millepertuis.

Cueillez une brassée de millepertuis presque à la base;
en ayant soin de laisser les racines dans le sol, à une dizaine de centimètres de la fleur.

Passez-les sous l'eau, secouez, séchez avec un essuie-tout.
Ebouillantez un récipient à large col, genre Nescafé ou conserve en verre.

Sans trop presser, poussez les sections plantes et fleurs dans la conserve,
tassez un peu avec une cuillère de bois. Emplissez jusqu' à ras bord d'huile d'arachide ou d'olive.
Posez le récipient à l'extérieur. à un endroit encore caressé par le soleil.

Lorsque l'huile prend une teinte foncée, un peu rouge (environ 45 jours)
passez dans une fiole très propre et laissez venir les bosses et les chutes.

Pour votre gouverne, sachez que l'on peut faire aussi (à la saison) avec du lys.
 

Germaine F. Scarella